Méthode mnémotechnique destinée à faciliter la mémorisation de mélodies

Il existe une méthode mnémotechnique extrêmement efficace pour faciliter la mémorisation des suites de chiffres : le système Major.
J’ai décidé de l’adapter afin qu’il puisse aider les musiciens à retenir les notes des mélodies. Je ne sais pas dans quelle mesure cette technique marchera pour quelqu’un d’autre que moi, mais en tout cas, je vais tâcher de vous expliquer ici en quoi mon « truc » consiste (je commence à passer un peu de la théorie à la pratique, et pour ce qui me concerne, ça fonctionne plutôt bien).

Avant de vous expliquer de quelle manière j’ai ajusté le système Major à mes besoins, il faut que vous compreniez celui-ci. Je pourrais me lancer dans son explication, mais je crois que, la chose ayant déjà été faite maintes fois, il n’est pas utile que je réinvente la roue sous vos yeux. Je vous invite donc à aller sur l’article Wikipédia correspondant afin de découvrir comment maîtriser ce système Major, puis à revenir ici pour aborder la question de son application dans le domaine de la musique.

Ceci étant fait, voilà de quelle manière j’essaye d’adapter le système Major :

L’idée est très simple. Il s’agit d’associer une note à un son, de la même manière que le système Major initial associe un chiffre à un son.

Le problème, c’est que le système Major comprend 10 unités, alors que le monde de la musique occidentale fonctionne sur 12 notes. Il faut donc tricher un peu de manière à étendre le système à 12 unités.

J’ai ainsi élaboré ce tableau qui permet de réorganiser un peu le système Major de manière à ce qu’il puisse être utilisé par les musiciens :

Note Son Chiffre
Do d 1
Do # t 1
r 4
Ré # / Mi b n 2
Mi m 3
Fa f 8
Fa # / Sol b v 8
Sol k – g – tch 7
Sol # / La b j – ch – dj 6
La l 5
La # / Si b p – b 9
Si s – z 0

 

Ainsi, imaginons qu’on veuille jouer les premières notes de la « Marche Impériale » (Star Wars). Si j’en crois Wikipédia, les premières notes sont : sol, sol, sol, mi bémol, si bémol, sol, mi bémol, si bémol, sol. En cherchant dans le tableau, on trouve comme sons correspondant : k, k, k, n, p, k, n, p, k. On peut en sortir une phrase comme : « Quiconque nappe un coing, nappe un cou ! », et l’associer à une image mentale ô combien puissante du type de celle-ci : Dark Vador pose une nappe sur le corps allongé d’un storm trooper. Ce dernier, en guise de tête, a un énorme coing. Alors que le seigneur Sith étale cette nappe, le cou du storm trooper s’allonge, comme s’il ne voulait pas que son coing fut ainsi recouvert.

Une fois la phrase magique mémorisée, vous retrouverez facilement les premières notes de cette « Marche Impériale ».

Bien sûr, vous remarquerez à juste titre que l’apprentissage de toute une mélodie par ce biais peut devenir extrêmement fastidieux. Mais comme dans toutes les méthodes mnémotechniques, il convient d’agir avec un peu de subtilité : l’objectif n’est pas nécessairement de « coder » toute une mélodie avec ce système, mais de donner des points d’appuis à la mémoire corporelle. Car, de la même manière qu’on se remémore les paroles d’une chanson dès lors qu’on nous donne les premiers mots des couplets, on retrouve généralement aisément les notes d’une mélodie dès qu’on nous en souffle les premières. Lorsqu’on a travaillé un morceau, la mémoire corporelle prend assez naturellement la suite de la mémoire « intellectuelle ».

Il s’agira donc plutôt de trouver des « phrases clés » à placer aux différents moments où vous remarquez que votre mémoire corporelle vous fait défaut, que d’apprendre toutes les notes à l’aide de ces phrases.

Voilà pour la mémorisation des mélodies.

Mais ce n’est pas terminé, car ce système peut également être utilisé dans l’autre sens, à savoir : retrouver des mots ou des suites de chiffres à l’aide d’une mélodie. Cette technique s’adresse plutôt aux musiciens expérimentés qui parviennent assez bien à retrouver des intervalles lorsqu’ils entendent une mélodie.

L’idée, c’est de fabriquer des mélodies à partir de ce qu’on veut mémoriser, de sorte que cette mélodie nous serve de rappel.

Prenons un exemple : Gérard est pianiste de jazz. Comme beaucoup de musiciens professionnels, il dispose d’une grande facilité à mémoriser des mélodies, ce qui lui est très utile dans son métier, mais très inutile dans la vie de tous les jours. Par contre, comme beaucoup de musiciens professionnels, Gérard présente de graves troubles de la mémoire dès qu’il s’agit de retenir des choses de la vie quotidienne. Cela lui pose souvent des problèmes. Ainsi, il est de notoriété publique que sa copine, Ginette, est très attachée à la date de leur premier baiser. Malheureusement, si Gérard se souvient bien du baiser, il n’est jamais parvenu à se souvenir de la date. Ainsi, à chaque date anniversaire, Ginette lui fait la tête et Gérard ne comprend pas pourquoi. C’est fort triste. Cependant, il y a peut-être un moyen d’aider Gérard.

Imaginons que la sacro-sainte date soit le 7 mai 2005. On peut traduire cette date juste avec des chiffres : 7/05/05. Ici, les zéros n’apportent rien, on peut donc s’en passer et se contenter de ceci : 755. À l’aide du système Major, on peut trouver un mot-clé qui lui permettra de faciliter la mémorisation. 755, ça pourrait être « Galilée ». Il peut alors s’inventer une image mentale de ce genre : « Premier baiser avec Ginette. Le temps s’arrête. Le monde entier semble tourner autour d’eux. Grâce à cette magie des dieux de l’amour, il évite le bûcher, comme Galilée lorsqu’il s’est rétracté et a laissé l’Église penser que c’était le soleil qui tournait autour de la Terre. »

Mais Gérard peut aussi utiliser ma modification du système Major pour créer une petite mélodie : 755, c’est Sol – La – La. Avec ces 3 notes, il peut composer un nouveau morceau qui lui permettra de ne jamais oublier cette date chère à Ginette.

Si ces 3 notes ne suffisent pas, il peut complexifier un peu les choses en y rajoutant les notes qu’on tirerait de « premier baiser ».
« Premier baiser 755 » donnerait alors les notes : Si bémol, Ré, Mi, Si bémol, Si, Sol, La, La.

 

Voilà un riff étrange étrange, mais pas inexploitable.

Si Gérard laisse traîner cette petite mélodie dans sa tête, il finira par ne pas l’oublier et retrouvera ainsi facilement la date qui plonge si souvent son couple dans la déréliction.

Avant de clore ce billet, je signale aux personnes intéressées par le système Major qu’il existe un logiciel bien pratique pour trouver des mots correspondant aux chiffres, le logiciel 2know, qu’on trouve ici : http://www.got2know.net/FrenchInFrench.htm

Enfin, vous trouverez à la fin de ce billet deux autres tableaux qui vous permettront d’aborder cette technique de mémorisation par les différentes entrées (son ou chiffre).

Voilà, cette technique marche pour moi, j’espère qu’elle marchera aussi pour vous !

Son Note Chiffre
b – p La # / Si b 9
d Do 1
f Fa 8
g – k – tch Sol 7
j – ch – dj Sol # / La b 6
k – tch – g Sol 7
l La 5
m Mi 3
n Ré # / Mi b 2
p – b La # / Si b 9
r 4
s – z Si 0
t Do # 1
v Fa # / Sol b 8
z – s Si 0

 

Chiffre Note Son
1 Do d
1 Do # t
2 Ré # / Mi b n
3 Mi m
4 r
5 La l
6 Sol # / La b j – ch – dj
7 Sol k – g – tch
8 Fa f
8 Fa # / Sol b v
9 La # / Si b p – b
0 Si s – z